Pour une Mauritanie pour tous ses enfants : un appel à l’équité et à l’élargissement de l’horizon du leadership / Aly Mohamed ould Ebnou

lun, 06/02/2025 - 15:10

Conseil à la nation..

 

À une époque où s’élèvent les voix réclamant justice et équité, et où les défis menaçant l’unité des peuples et la cohésion des nations se multiplient, il est temps pour la Mauritanie de repenser en profondeur la structure de son système politique. Il est temps d’écouter la voix de la raison et de la conscience, et de faire un pas audacieux vers un avenir où le leadership national englobe toutes les composantes du peuple, sans exclusion ni marginalisation.

 

Depuis la fondation de l’État, la présidence de la République est restée - en réalité - confinée à une seule catégorie de la population, révélant un héritage social profondément enraciné de hiérarchisation et de monopole tacite. Bien que la Constitution ne restreigne pas l’accès à cette fonction à une catégorie spécifique, la culture politique et les pratiques concrètes ont systématiquement écarté de larges pans de citoyens, soit par l’ignorance, soit par l’intimidation, soit par leur relégation à la périphérie de la scène publique.

 

Nous ne prônons pas un changement dicté par la revanche historique, ni ne réclamons des mesures symboliques cédant à la pression du moment. Nous appelons à une transformation nationale profonde, ancrée dans la conscience de l’État et de la société. Une transformation qui redéfinit le concept de leadership, le libère des chaînes de la tribu, de la couleur et de la caste, et en fait une fonction purement nationale fondée sur la compétence, l’intégrité et la vision.

 

L’accession d’un président issu des couches marginalisées ne serait pas un simple événement symbolique, mais un redressement d’un parcours historique injuste, et une impulsion psychologique majeure montrant à chaque Mauritanien, quelle que soit son origine ou sa classe, qu’il est chez lui, qu’il peut rêver et réussir, et que l’État ne repose pas sur des privilèges héréditaires, mais sur les principes de citoyenneté égalitaire.

 

L’intérêt national exige, à ce tournant critique, une redistribution réelle de la confiance et des opportunités entre toutes les composantes de la société, pour prévenir que les divisions silencieuses ne deviennent des fractures menaçant la paix sociale.

 

Cette avancée provoquera un véritable séisme dans la structure figée du népotisme et des fidélités étroites. Des décennies de gouvernance tribale et régionaliste ont produit des familles influentes qui ont accaparé le pouvoir et les ressources, s’appropriant les postes clés dans l’administration, la sécurité, l’armée, la diplomatie et les missions universitaires à l’étranger — comme s’il s’agissait d’un butin réservé à une élite. Il est temps de démanteler ce blocus social imposé à l’ambition nationale, et de libérer l’État de la mentalité de privilège héréditaire.

 

L’arrivée des fils des couches marginalisées au sommet de l’État ne menacera pas l’unité nationale ; elle en ravivera plutôt l’âme, restaurera la justice, et marquera le début de la fin de l’ère de l’élite héréditaire qui s’est accaparé tous les bénéfices en ne laissant que des miettes aux autres.

 

Lorsque le leadership deviendra accessible à ceux qui en ont longtemps été exclus, l’épée du régionalisme se brisera, les griffes du tribalisme seront arrachées, les différences s’estomperont, et l’histoire s’ouvrira à un État de vraie citoyenneté, où la valeur ne se mesure ni au sang ni au lignage, mais à la sincérité et au service de la patrie.

 

Je m’adresse ici :

 - Aux décideurs, pour qu’ils ouvrent la voie aux compétences en dehors du cercle traditionnel ;

 - Aux élites intellectuelles, pour qu’elles brisent le mur du silence et prennent parti pour l’égalité ;

 - À la société civile, pour qu’elle élève la voix en faveur d’une juste représentativité ;

À l’opinion publique, pour qu’elle comprenne que faire justice à l’autre, c’est aussi se faire justice à soi-même, et qu’un pays ne peut se bâtir avec la moitié de son peuple.

 

La présidence de la Mauritanie n’est ni un droit tribal, ni un héritage éternel. C’est une responsabilité nationale qui doit être ouverte à tous les enfants de ce pays, pourvu qu’ils en soient dignes et capables.

 

Ouvrons les portes de l’espoir. Libérons notre conscience collective de ces chaînes psychologiques qui ont enraciné la peur de l’inconnu et le mythe du mérite héréditaire. La Mauritanie ne sera véritablement juste que lorsque chacun de ses fils - quels que soient leurs origines et leurs couleurs - pourra rêver de la diriger .. et y parvenir.

 

Et Dieu est témoin de mon intention.