Libérer le président de l’emprise des puissants… Lecture dans les coulisses d’un pouvoir en conflit

jeu, 11/20/2025 - 21:38

■ Tribune analytique
Mohamed Abdoulrahmane Ould Abdallah
Journaliste et analyste politique
Nouakchott – Mauritanie

L’État mauritanien traverse aujourd’hui une phase délicate où s’entremêlent intérêts, réseaux d’influence et alliances circonstancielles au sommet du pouvoir. Derrière un paysage politique en apparence calme, se joue une véritable bataille autour de la question centrale : qui détient réellement les fils de la décision ? Et à quel prix peut-on libérer le président de l’étau imposé par les figures influentes qui ont, des années durant, verrouillé son champ d’action ?

Le premier épisode de cette série n’était qu’une ouverture à un dossier complexe. Son passage sans remous pourrait sembler rassurant, mais ce silence lui-même peut être un piège : un test pour jauger la capacité de l’espace politique et médiatique à absorber la révélation de ce qui se trame dans l’ombre. Sauf que la nécessité d’une lecture profonde s’impose à mesure que les fils du jeu s’éclairent.

■ Quand le destin rapproche deux adversaires historiques

Ironiquement, deux figures longtemps opposées sur la scène nationale – Hannen et Ould Ahwerthy – se retrouvent aujourd’hui dans un alignement improbable. Aucun projet ne les unit, aucune vision commune non plus.
Ce qui les rapproche, c’est un objectif unique : réduire l’espace décisionnel autour du président, maintenir l’influence de leur ombre sur les institutions de l’État.

Il ne s’agit pas d’une alliance formelle, mais d’un « accord objectif », né d’une inquiétude partagée : le président cherche visiblement à élargir sa marge d’indépendance. Et cette quête menace des zones d’influence établies depuis longtemps.

■ La tournée dans l’Est : le moment où la faille est apparue au grand jour

La récente visite présidentielle à l’Est a été révélatrice. Tout indiquait qu’une manœuvre soigneusement orchestrée visait à marginaliser le ministre de la Défense et à réduire son poids dans le dispositif décisionnel.
Brusquement, celui qui se croyait protégé par la confiance présidentielle se retrouve mis à distance.

Le plus frappant fut ensuite son déplacement aux Émirats pour représenter le pays… à la tête d’une délégation limitée à un seul officier. Un geste qui ressemblait bien plus à un message politique qu’à une simple formalité protocolaire.
Et pour rattraper l’embarras, on dépêche à la hâte le chef d’état-major de l’armée de l’air pour compléter la délégation — confirmant ainsi l’ampleur du cafouillage au sein d’une institution censée être la plus disciplinée.

■ La chute du “cheval de Troie” : erreur stratégique d’un ministre trop sûr de lui

Le ministre ambitieux avait fini par croire que ses liens personnels avec le président lui garantissaient une immunité politique.
Une illusion coûteuse.

L’histoire politique, en Mauritanie comme ailleurs, enseigne pourtant une règle immuable :
en politique, rien n’est définitif. Aucune amitié ne protège du rapport de force.

Le président Ghazouani lui-même fut l’allié le plus proche de son prédécesseur Mohamed Ould Abdel Aziz, avant que cette relation ne se fissure spectaculairement.
Au Maroc, Oufkir, sauveur du roi lors du coup de Skhirat, tenta de le renverser l’année suivante.
Dlimi, figure centrale du Palais, finit lui aussi dans un accident aux circonstances obscures.

Autant de signaux qui auraient dû alerter le ministre : la politique n’est pas le domaine de la loyauté, mais celui des équilibres mouvants.

■ Après l’effacement du ministre… qui sera le suivant ?

Les événements récents indiquent que le président a réellement entamé un processus pour se libérer des cercles d’influence qui l’entourent.
Mais l’éviction du ministre n’est qu’une étape.

La question désormais est la suivante :
qui sera la prochaine cible dans cette bataille silencieuse ?

Moulay Ould Mohamed Laghdaf ?
Ou bien le duo influent qui a contribué à la chute du ministre et qui, maintenant que le ciel est dégagé, pourrait voir leur confrontation inévitable s’accélérer ?

■ Conclusion analytique

Le paysage politique mauritanien renvoie aujourd’hui à une tentative réelle du président de reprendre en main les institutions et de desserrer l’étau des puissants qui encadrent ses décisions.
Mais le chemin est semé de dangers.

Ce qui se joue n’est ni une simple réorganisation administrative, ni un différend technique :
c’est une bataille existentielle entre un président conscient du poids des chaînes qui l’entravent et des réseaux qui perçoivent l’État comme leur champ d’influence.

Entre les attractions et les résistances, une question demeure ouverte :

Le président parviendra-t-il réellement à se libérer de l’emprise des puissants ?
Ou bien le système est-il trop enraciné pour être ébranlé par quelques gestes, aussi fermes soient-ils ?