
Dans un pays installé au bord de volcans régionaux en éruption, l’erreur dans l’ordre des priorités devient une forme de pari politique risqué. Ce qui s’est produit lors de la visite du président Mohamed Cheikh El Ghazouani à Néma, avec des célébrations excessives et des démonstrations de loyauté soigneusement mises en scène, montre que l’État continue de se comporter comme s’il vivait dans une bulle, isolé des flammes qui ravagent le Mali voisin.
L’Est mauritanien n’est plus une simple périphérie géographique. Il constitue aujourd’hui la première ligne de défense du pays. Les unités militaires déployées dans cette zone font face à une situation complexe qui exige bien plus que des discours. Elle réclame une présence politique réelle, au plus haut niveau. Une seule visite du président à ces unités aurait suffi pour envoyer plusieurs signaux forts: redonner du souffle à des soldats engagés dans des conditions éprouvantes, rassurer des populations qui vivent dans une inquiétude permanente et montrer que la Mauritanie mesure pleinement l’ampleur du danger qui frappe à sa porte.
Mais le choix a été fait d’investir dans les foules, le décor et les mises en scène politiques. Néma a soudain ressemblé à un plateau de représentation, non à une ville accueillant un chef d’État censé gérer l’impact potentiel de la crise malienne. Les responsables entourant le président sont apparus déconnectés de la réalité, incapables ou peu désireux de lui transmettre l’image authentique de la situation. Et c’est là que réside le vrai danger: un pays gouverné à travers des récits enjolivés, qui ne renvoient au président que ce que certains souhaitent qu’il voie.













